
L’Association des barreaux du Maroc (ABAM) a annoncé le 20 septembre 2026 la suspension de sa grève à compter du 7 octobre. Pour les justiciables qui attendent une audience, un jugement ou l’exécution d’une décision, la question est simple : que change concrètement cette trêve pour mon dossier ? Cet article complète nos analyses sur la loi n°66.23 elle-même et se concentre sur l’essentiel pratique, sans prendre parti sur la réforme.
La grève des prestations engagée à la mi-juin n’est pas terminée : elle est suspendue à partir du 7 octobre, l’ABAM précisant qu’il s’agit d’une trêve et non d’un renoncement à ses revendications. La loi n°66.23 est, elle, publiée au Bulletin officiel et en vigueur. La situation peut évoluer : cet article sera mis à jour.
L’essentiel en bref
- La suspension est annoncée pour le 7 octobre 2026 : d’ici là, les perturbations d’audiences peuvent se poursuivre.
- Il s’agit d’une trêve : l’ABAM garde ses revendications et réserve ses positions sur la suite.
- Même après la reprise, il faut s’attendre à un effet de rattrapage : dossiers à réinscrire, calendriers chargés.
- Les délais légaux ne doivent pas être présumés suspendus : c’est le principal risque pour les justiciables.
- Le meilleur réflexe reste de rester en contact avec son avocat et de tout conserver par écrit.
Rappel : où en est le conflit
La loi n°66.23 réorganise la profession d’avocat (accès, formation, gouvernance des barreaux, discipline, comptabilité). Le ministère de la Justice la présente comme une modernisation ; l’ABAM la conteste, en invoquant l’indépendance de la profession, l’autonomie des barreaux et une concertation jugée insuffisante. Le parcours législatif, la décision de la Cour constitutionnelle et le contenu du texte sont détaillés dans notre article sur l’entrée en vigueur de la loi n°66.23, et le volet international dans celui sur les instances internationales et l’indépendance de la profession d’avocat. Voici les repères utiles pour situer la trêve.
Ce que change la suspension du 7 octobre
Une suspension n’est pas une fin de conflit. Elle devrait permettre une reprise progressive du fonctionnement normal des audiences, mais trois points méritent attention.
- Le calendrier reste incertain. La trêve court à partir du 7 octobre ; jusque-là, des renvois restent possibles. L’ABAM a lié cette pause au calendrier institutionnel (scrutin législatif du 23 septembre, nouvelle session parlementaire) et reste libre de reprendre le mouvement.
- Le rattrapage prend du temps. Après plusieurs mois de perturbations, les juridictions doivent réinscrire de nombreux dossiers : les délais de traitement peuvent rester longs pendant un certain temps.
- Vos droits de fond ne changent pas. Créance, contrat, propriété, famille : la loi n°66.23 organise la profession, elle ne modifie pas vos droits. Son effet sur votre affaire passe par le rythme des audiences et par la relation avec votre avocat.
Délais et prescriptions : la vigilance reste de mise
Une grève des avocats n’est pas, en principe, une cause de suspension automatique des délais de procédure ni de la prescription. Le délai d’appel, par exemple, court à partir de la notification de la décision. Il en va de même des délais pour répondre à une assignation ou accomplir certains actes. Pour le détail, consultez notre guide sur les délais de recours au Maroc : appel, opposition et pourvoi en cassation.
Si votre avocat est en cessation d’activité, assurez-vous par écrit qu’une personne assure le suivi des échéances de votre dossier, et transmettez-lui sans délai tout document reçu.
Selon la nature de votre affaire
| Situation | Effet à anticiper | À faire |
|---|---|---|
| Audience fixée avant le 7 octobre | Renvoi possible, parfois plusieurs fois. | Noter la nouvelle date et demander confirmation écrite à l’avocat. |
| Dossier en délibéré | Peu d’effet direct : la décision suit son cours. | Surveiller la date de prononcé et la notification. |
| Décision reçue, recours envisagé | Les délais courent, la grève ne les suspend pas en principe. | Faire examiner la décision immédiatement. |
| Procédure d’exécution en cours | Ralentissement possible de certaines étapes. | Faire le point avec l’avocat sur les étapes maintenues. |
| Nouvelle affaire | Disponibilité réduite des cabinets, délais plus longs. | Prendre rendez-vous tôt avec un dossier complet. |
Pour un litige de recouvrement ou de crédit, voir aussi notre guide sur le crédit impayé au Maroc.
Affaires urgentes
Certaines situations ne peuvent pas attendre : mesures conservatoires, procédures d’urgence, affaires concernant des personnes détenues, dommage irréparable à craindre. Dans ces cas, informez clairement votre avocat de l’urgence et demandez comment elle sera traitée. Les consignes du mouvement ont varié dans le temps et ont pu prévoir des exceptions : c’est à votre avocat, et non à la presse, de vous dire ce qui s’applique à votre dossier.
Honoraires et convention écrite
La relation avec votre avocat ne s’arrête pas avec une grève, mais elle peut susciter des questions légitimes sur les honoraires. Relisez votre convention, demandez des explications écrites en cas de doute et distinguez les honoraires, qui rémunèrent le travail de l’avocat, des frais de justice et débours, avancés pour la procédure. Indépendamment du détail de la loi, une convention écrite est une bonne pratique : elle précise les parties, la mission, les honoraires, les frais à avancer et les conditions de fin de mission, et prévient les malentendus, surtout quand le rythme d’un dossier est perturbé. Changer d’avocat reste possible, mais suppose des formalités (mandat, transmission du dossier, honoraires) : mieux vaut en discuter d’abord avec son conseil actuel.
Les 8 bons réflexes
- Garder le contact avec votre avocat et confirmer un moyen fiable de vous joindre.
- Noter toutes les dates : audiences, renvois, notifications, échéances.
- Conserver les preuves : convocations, décisions, enveloppes, messages échangés.
- Ne jamais supposer un délai suspendu : faire vérifier chaque échéance.
- Transmettre immédiatement tout acte de justice reçu.
- Signaler l’urgence dès qu’elle existe.
- Demander un point écrit sur l’état de votre dossier et les prochaines étapes.
- Ne pas agir seul dans la précipitation : ne rien signer sans avis.
Questions fréquentes
La grève des avocats est-elle terminée ?
Pas complètement. L’ABAM a annoncé le 20 septembre 2026 la suspension du mouvement à partir du 7 octobre 2026, en précisant qu’il s’agit d’une trêve et non d’un abandon des revendications.
Pourquoi les avocats sont-ils en grève ?
Ils contestent la loi n°66.23 relative à l’organisation de la profession d’avocat, qu’ils estiment de nature à porter atteinte à l’indépendance de la profession et à l’autonomie des barreaux, et déplorent une concertation insuffisante. Le ministère de la Justice présente cette loi comme une modernisation du cadre de la profession.
Mon audience est renvoyée à cause de la grève : que faire ?
Notez la nouvelle date, conservez la preuve du renvoi et restez en contact avec votre avocat. Le renvoi d’une audience ne dispense pas de respecter les autres délais de la procédure.
Les délais de recours sont-ils suspendus pendant la grève ?
En principe, non : les délais légaux continuent de courir à compter de la notification, sauf disposition particulière. Faites vérifier chaque délai par un avocat dès la réception d’une décision.
La grève concerne-t-elle toutes les affaires ?
Pas nécessairement. Les consignes du mouvement ont varié selon les périodes et ont pu prévoir des exceptions pour certaines situations sensibles ou urgentes. Votre avocat est le mieux placé pour vous dire ce qui s’applique à votre dossier.
Puis-je me défendre seul si mon avocat est en grève ?
Cela dépend de la juridiction et du type d’affaire : la représentation par avocat est obligatoire dans certaines procédures et facultative dans d’autres. Avant toute démarche seule, demandez conseil afin de ne pas compromettre vos droits.
Que change la loi 66.23 pour un justiciable ?
Elle porte sur l’organisation de la profession, pas sur les droits de fond des justiciables. Son impact direct sur un dossier en cours est limité ; certaines dispositions dépendent de mesures d’application, ce qui peut faire évoluer la pratique.
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Sources de presse consultées (septembre 2026) : Article19.ma, Telquel, La Nouvelle Tribune. Ces éléments sont donnés à titre indicatif et doivent être confirmés par les textes officiels et les communiqués de l’ABAM.
Cet article est une information générale à visée pédagogique. Il ne constitue pas une consultation juridique, ne prend pas parti sur la réforme et ne remplace pas l’analyse de votre situation par un avocat. Le cabinet intervenant notamment pour des établissements bancaires, il peut ne pas être en mesure de vous assister s’il représente déjà l’établissement concerné. Dernière mise à jour : 23 septembre 2026.