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Instances internationales et indépendance de la profession d’avocat : qui peut être saisi, et pour quoi faire

juillet 26, 2026

Instances internationales et indépendance de la profession d’avocat

Depuis décembre 2025, plusieurs organisations internationales ont été saisies de la réforme marocaine de la profession d’avocat, ou s’en sont saisies d’elles-mêmes. Une clarification s’impose d’emblée sur la portée de ces démarches : aucune instance internationale ne dispose du pouvoir de bloquer l’adoption ou la promulgation d’une loi nationale. Ce qu’elles produisent relève de l’alerte, de l’expertise et du dialogue avec les autorités — des leviers réels, mais de nature différente.

Le cadre de référence

Les démarches internationales en matière d’indépendance de la défense s’appuient sur un socle normatif identifié : les Principes de base des Nations unies relatifs au rôle du barreau, adoptés au huitième Congrès des Nations unies pour la prévention du crime tenu à La Havane en 1990. Ce texte énonce notamment que les avocats doivent pouvoir exercer sans entrave, intimidation ni ingérence, et que les associations professionnelles doivent être autonomes dans leur gouvernance et leur discipline.

Ce socle n’a pas de force contraignante directe, mais il sert de référentiel d’évaluation à l’ensemble des organisations mentionnées ci-après, et il est régulièrement invoqué devant les organes conventionnels des Nations unies.

Les instances déjà intervenues sur le dossier marocain

L’Union internationale des avocats (UIA) et son Institut pour l’État de droit (UIA-IROL)

L’UIA est la plus ancienne organisation internationale représentative de la profession et dispose du statut consultatif auprès du Conseil économique et social des Nations unies (ECOSOC). Son Institut pour l’État de droit a publié, début juillet 2026, une prise de position sur le texte adopté en deuxième lecture. L’UIA-IROL relève que le projet affirme le caractère libre et indépendant de la profession et sa contribution à la réalisation de la justice, mais exprime des réserves sur les implications concrètes de plusieurs dispositions : conditions d’accès, tenue et transmission du tableau des avocats en exercice, contrôle des décisions ordinales, recours disciplinaires et gouvernance des barreaux. L’Institut appelle à ce que la réforme s’opère dans le respect des principes fondamentaux de l’État de droit.

L’Association nationale des avocats du Maroc avait par ailleurs adressé, dès décembre 2025, une lettre ouverte au président de l’UIA, sollicitant la publication d’alertes et l’ouverture d’une communication avec les autorités marocaines en vue d’une mise en conformité du texte avec les standards internationaux.

EuroMed Droits

Ce réseau euro-méditerranéen d’organisations de défense des droits humains s’est prononcé dès février 2026. Sa position soutient que la réforme heurte les normes internationales faisant de l’indépendance de la défense un pilier de l’État de droit, qu’elle restreint l’accès effectif à la justice — en particulier pour les bénéficiaires de l’assistance judiciaire et les populations vulnérables — et que le processus d’élaboration n’a pas respecté les principes de démocratie participative inscrits dans la Constitution marocaine. Le réseau soutient que l’indépendance de la profession n’est ni un privilège ni une revendication corporatiste, mais une garantie offerte à l’ensemble de la société.

Les autres instances susceptibles d’être saisies

Procédures spéciales des Nations unies

Le Rapporteur spécial sur l’indépendance des juges et des avocats, mandat du Conseil des droits de l’homme, peut être saisi par toute organisation professionnelle ou de la société civile. Il dispose de deux instruments principaux : les communications adressées aux États (lettres d’allégation et appels urgents), rendues publiques après un délai, et les rapports thématiques ou de pays présentés devant le Conseil. Les communications appellent une réponse de l’État concerné et sont archivées publiquement.

Organes conventionnels et Examen périodique universel

Le Maroc étant partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, le Comité des droits de l’homme examine périodiquement sa mise en œuvre et reçoit à cette occasion des contributions d’organisations professionnelles. L’Examen périodique universel du Conseil des droits de l’homme constitue un second canal : il permet le dépôt de contributions de parties prenantes, versées au dossier examiné par les États pairs.

Organisations professionnelles internationales

Organisations spécialisées dans la protection des avocats

Ce que ces démarches peuvent et ne peuvent pas produire

Une clarification est nécessaire, car les attentes sont parfois mal calibrées.

Ces instances ne peuvent pas : annuler une loi nationale, en suspendre la promulgation, ni imposer une révision à un État souverain. Aucune n’a compétence juridictionnelle sur le droit interne marocain.

Elles peuvent : établir un constat documenté de non-conformité aux standards internationaux ; adresser des communications formelles auxquelles l’État est invité à répondre ; produire une expertise juridique mobilisable dans le débat national ; assurer une visibilité internationale au dossier ; et ouvrir des canaux de dialogue avec les autorités.

Autrement dit, le levier international est un levier d’influence et de documentation, non de contrainte. Son efficacité dépend largement de la qualité juridique du dossier transmis et de sa cohérence avec les recours engagés au plan interne — lesquels demeurent, en l’état, la voie décisive.

Le calendrier institutionnel

L’Association des barreaux du Maroc a annoncé en juillet 2026 le lancement d’une campagne de plaidoyer international, ainsi que l’organisation à son siège d’une rencontre réunissant plusieurs organisations internationales de défense des droits humains et associations professionnelles. Elle a également proposé l’inscription d’un thème consacré à l’indépendance et aux garanties de la profession d’avocat au Maroc à l’ordre du jour du Congrès international des avocats prévu à Marrakech du 28 octobre au 1er novembre 2026.

Ce calendrier s’inscrit dans un contexte où l’étape juridiquement déterminante demeure la décision de la Cour constitutionnelle, attendue avant le 8 août 2026.

Note. Cet article a une vocation informative et documentaire. Il présente l’état des positions publiques exprimées au 26 juillet 2026 et ne constitue ni une consultation juridique, ni une prise de position du Cabinet sur le fond du texte.