Le chèque sans provision, que l’on appelle couramment « chèque en bois », n’obéit plus tout à fait aux mêmes règles. La loi n° 71.24, qui modifie le Code de commerce, a été publiée au Bulletin officiel n° 7478 du 29 janvier 2026. Elle donne la priorité à la régularisation. Que vous ayez reçu un chèque impayé ou que vous en ayez émis un, voici ce qu’il faut savoir.
Ce qui change
- Une invitation à régulariser avant toute poursuite. Avant d’engager l’action publique, le ministère public invite l’émetteur à régulariser dans un délai de trente jours, prorogeable une fois avec l’accord du bénéficiaire du chèque.
- Un paiement qui éteint l’action publique. Le paiement du montant du chèque, majoré d’une amende forfaitaire de 2 %, éteint l’action publique, y compris après une condamnation définitive. Le désistement du bénéficiaire produit le même effet.
- Pas de poursuites entre proches. Les poursuites pénales sont exclues pour les chèques émis entre époux, ou entre ascendants et descendants.
- La fraude reste sanctionnée. La falsification de chèques et leur utilisation en connaissance de cause demeurent punies de peines de prison.
- Un fichier central des incidents de paiement. Il est institué auprès de Bank Al-Maghrib.
Si vous êtes bénéficiaire d’un chèque impayé
- Conservez l’original du chèque et l’attestation de rejet délivrée par la banque.
- Gardez une trace de tout échange avec l’émetteur : promesses de paiement, échéanciers, messages.
- Réfléchissez avant d’accepter une prorogation ou de vous désister. Le désistement peut éteindre l’action publique : mieux vaut s’assurer d’être payé avant de le donner.
- Faites examiner vos options (voie pénale, voie civile ou commerciale) avec un avocat, en fonction du montant et de la situation de l’émetteur.
Si vous êtes émetteur d’un chèque impayé
- N’ignorez jamais une invitation à régulariser. Notez la date de réception : le délai de trente jours court à partir de là.
- Demandez le montant exact à régler et conservez la preuve de chaque paiement.
- Si vous ne pouvez pas payer dans le délai, contactez le bénéficiaire sans attendre : la prorogation dépend de son accord.
- Ne prenez pas l’amende de 2 % pour une solution à elle seule. C’est le règlement du chèque, majoré de cette amende, qui éteint l’action publique.
- Consultez un avocat si vous avez émis plusieurs chèques ou si une procédure est déjà engagée.
À retenir
La réforme ne supprime pas la responsabilité de celui qui émet un chèque sans provision : elle organise une sortie plus rapide et moins lourde pour celui qui régularise. Pour le bénéficiaire, elle impose de bien réfléchir avant de prolonger le délai ou de se désister.
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Maître Jamal Lezbare, avocat au Barreau de Meknès, agréé près la Cour de cassation
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