
Un délai de recours manqué est irrattrapable. C’est l’une des rares règles de procédure qui ne souffre pratiquement aucune exception : les délais de recours sont rigides et ne peuvent être prolongés. Point complet sur les délais applicables en matière civile au Maroc, à la veille d’une réforme d’ampleur.
L’appel : trente jours en matière civile
L’appel est une voie de recours ordinaire qui permet à une partie lésée de demander à une juridiction supérieure de réexaminer l’affaire en fait et en droit. Il est réglementé par les articles 134 à 146 du Code de procédure civile.
Conformément à l’article 134, le droit d’appel appartient à toute partie qui s’estime lésée par un jugement de première instance, dans un délai de trente jours à compter de la notification. Le délai court à partir de la notification à personne, au domicile réel ou élu, ou de la notification à l’audience lorsque la loi le prévoit.
L’appel est formé au greffe du tribunal de première instance dont le jugement est attaqué, par dépôt d’une requête accompagnée des pièces, dont une copie du jugement attaqué.
Les délais réduits
Plusieurs matières échappent au délai de droit commun :
- Quinze jours en matière familiale ;
- Quinze jours devant les tribunaux de commerce, en application de l’article 18 de la loi instituant les juridictions commerciales ;
- Quinze jours pour les ordonnances de référé et les jugements statuant sur les actions en faillite, en raison de l’urgence ;
- Dix jours en matière pénale, le délai courant à compter du prononcé.
Le triplement au profit des personnes résidant hors du Maroc
Le délai d’appel est triplé en faveur des parties qui n’ont ni domicile ni résidence au Maroc.
L’opposition : dix jours
L’article 130 du Code de procédure civile ouvre la voie de l’opposition contre les jugements par défaut du tribunal de première instance, mais uniquement lorsqu’ils ne sont pas susceptibles d’appel. Le délai est de dix jours à compter de la notification. L’acte de notification doit informer la partie qu’à l’expiration de ce délai, elle sera déchue du droit de former opposition.
L’opposition suspend l’exécution, sauf disposition contraire du jugement rendu par défaut (article 132). La partie opposante qui se laisserait juger une seconde fois par défaut n’est pas recevable à former une nouvelle opposition (article 133).
Le pourvoi en cassation
La Cour de cassation, siégeant à Rabat, connaît des pourvois formés contre les décisions rendues en dernier ressort. L’article 353 du Code de procédure civile fixe sa compétence ; l’article 359 énumère les cas d’ouverture du pourvoi, parmi lesquels le défaut de base légale et le défaut de motifs.
Le pourvoi ne constitue pas un troisième degré de juridiction : la Cour contrôle la conformité au droit, non l’appréciation des faits.
Effet suspensif et exécution provisoire
Le délai d’appel et l’appel interjeté dans le délai légal sont en principe suspensifs. Cette règle connaît une exception importante : lorsque l’exécution provisoire a été ordonnée, le jugement peut être exécuté nonobstant appel.
L’article 147 du Code de procédure civile prévoit que l’exécution provisoire peut être ordonnée lorsqu’il existe un titre authentique, un engagement reconnu ou une décision antérieure non frappée d’appel.
L’appel produit également un effet dévolutif : par l’acte d’appel, l’ensemble du litige est porté devant la juridiction du second degré, qui connaît de tous les points de fait et de droit.
Ce qui change au 24 août 2026
Le nouveau Code de procédure civile issu de la loi n° 58.25, publié au Bulletin officiel n° 7485 du 23 février 2026, entre en vigueur le 24 août 2026 et abroge le Dahir du 28 septembre 1974.
En matière de délais de recours, il retient un délai de principe unique de trente jours pour l’appel des jugements de première instance, mettant fin à la pluralité actuelle, tout en conservant certaines exceptions. Les praticiens devront porter une attention particulière aux dispositions transitoires pour les instances en cours à cette date.
Questions fréquentes
Combien de temps ai-je pour faire appel d’un jugement civil ?
Trente jours à compter de la notification du jugement, en application de l’article 134 du Code de procédure civile.
Le délai court-il à partir du jugement ou de sa notification ?
En matière civile et administrative, à compter de la notification. En matière pénale, à compter du prononcé.
Un délai de recours peut-il être prolongé ?
Non. Les délais de recours sont rigides et ne peuvent être prolongés.
L’appel empêche-t-il l’exécution du jugement ?
En principe oui, l’appel formé dans le délai légal est suspensif — sauf lorsque l’exécution provisoire a été ordonnée.
Les délais changent-ils avec le nouveau code ?
Oui. À compter du 24 août 2026, le délai d’appel est unifié à trente jours, sous réserve d’exceptions.
Cet article a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Un délai manqué étant irrattrapable, il est vivement conseillé de consulter dès la notification d’une décision. Le Cabinet Maître Jamal Lezbare assure la représentation en justice et le conseil juridique, en français et en arabe. Prendre contact.